Faire une carte avec QGIS : analyse des espaces verts urbains
Sommaire
- Pourquoi analyser les espaces verts urbains avec QGIS ?
- Données et outils nécessaires
- Importer et préparer les données dans QGIS
- Visualiser la distribution spatiale des espaces verts
- Calculer la surface des espaces verts
- Calculer la surface d’espaces verts par habitant
6.1 Cas simple : population totale de la ville
6.2 Cas avancé : population par arrondissement (cas de Tanger)
Étape 1 : associer la population aux arrondissements
Étape 2 : intersecter espaces verts et arrondissements
Étape 3 : calculer la surface par arrondissement
Introduction
La croissance rapide des villes exerce une pression importante sur les espaces verts urbains. Ces derniers jouent pourtant un rôle essentiel dans la qualité de vie : amélioration du cadre de vie, réduction des îlots de chaleur urbains, amélioration de la santé physique et mentale, et contribution à la biodiversité. Pour les urbanistes, les collectivités territoriales, les chercheurs et les étudiants en géomatique, il devient indispensable de cartographier et analyser les espaces verts urbains afin de mieux comprendre leur répartition et d’évaluer leur accessibilité pour la population.
Dans cet article, nous allons voir comment créer une carte avec QGIS à travers un cas pratique : l’analyse des espaces verts urbains. L’objectif est de proposer un workflow simple, reproductible et pédagogique, adapté aux débutants et intermédiaires, permettant de :
- visualiser la distribution spatiale des espaces verts ;
- calculer la surface totale des espaces verts ;
- calculer la surface d’espaces verts par habitant ;
- produire une carte finale prête à être utilisée dans un rapport, un mémoire ou une étude urbaine.
Ce tutoriel s’inscrit dans la philosophie de geossc.ma : proposer des guides pratiques, concrets et applicables pour apprendre efficacement QGIS à travers des cas réels.
L’analyse spatiale des espaces verts permet de répondre à plusieurs questions clés :
- Les espaces verts sont-ils bien répartis sur le territoire urbain ?
- Existe-t-il des quartiers sous-équipés en espaces verts ?
- Quelle est la surface totale d’espaces verts disponible dans la ville ?
- Combien de mètres carrés d’espaces verts sont disponibles par habitant ?
Les systèmes d’information géographique (SIG) et en particulier QGIS, un logiciel libre et open source, offrent tous les outils nécessaires pour répondre à ces questions.
QGIS permet de manipuler des données spatiales, de réaliser des calculs géométriques, d’effectuer des analyses spatiales et de produire des cartes de qualité professionnelle.
2. Données et outils nécessaires
2.1 Logiciel
- QGIS (version récente recommandée, par exemple QGIS 3.x)
2.2 Données spatiales
Pour ce tutoriel, vous aurez besoin de :
- une couche polygonale représentant les espaces verts urbains (parcs, jardins, espaces boisés, etc.) ;
- une couche des limites administratives de la ville (communes, arrondissements ou quartiers) ;
- des données de population (population totale de la ville ou population par quartier).
Ces données peuvent provenir de plateformes d’open data, de services municipaux ou d’études précédentes.
3. Importer et préparer les données dans QGIS
3.1 Ajouter les couches vectorielles
Après avoir lancé QGIS, ajouter les couches nécessaires de la façon suivante :
- Cliquez sur Couche → Ajouter une couche → Ajouter une couche vectorielle.
- Importez la couche des espaces verts.
- Importez la couche des limites administratives.
Les couches apparaissent dans le panneau des couches (voir figure 1) et dans la fenêtre cartographique.
3.2 Vérifier et définir le système de coordonnées (CRS)
Le calcul des surfaces nécessite impérativement un système de coordonnées projeté exprimé en mètres. Pour le Maroc, il est recommandé d’utiliser par exemple :
- EPSG:32629 – WGS 84 / UTM zone 29N
Pour vérifier le CRS :
- clic droit sur la couche → Propriétés → Source ;
- si nécessaire, reprojetez la couche via Exporter → Sauvegarder les entités sous….
4. Visualiser la distribution spatiale des espaces verts
4.1 Styliser les espaces verts
Une bonne visualisation est essentielle pour interpréter les résultats.
- clic droit sur la couche des espaces verts → Propriétés → Symbologie ;
- choisir un remplissage vert ;
- ajouter une légère transparence (20–30 %) ;
- définir un contour fin.
4.2 Ajouter un fond de carte
Pour mieux situer les espaces verts dans le contexte urbain :
- ajouter un fond de carte OpenStreetMap (voir figure 3)ou satellite via XYZ Tiles ;
- placer le fond de carte en bas de la liste des couches.
À ce stade, une première analyse visuelle permet déjà d’identifier :
- les zones bien équipées en espaces verts ;
- les zones densément urbanisées mais pauvres en espaces verts ;
- les déséquilibres spatiaux éventuels.
5. Calculer la surface des espaces verts
5.1 Ajouter un champ de surface
Pour calculer la surface de chaque espace vert, suivre la démarche suivante :
- Ouvrir la table attributaire.
- Cliquer sur Calculatrice de champs.
- Créer un nouveau champ nommé par exemple surface_m2.
- Type : nombre décimal.
- Expression : $area.
Chaque polygone d’espace vert est désormais associé à sa surface en mètres carrés.
5.2 Calculer la surface totale
Pour obtenir la surface totale des espaces verts :
- ouvrir le panneau Statistiques ;
- sélectionner le champ surface_m2 ;
- relever la somme.
Cette valeur est un indicateur clé pour les analyses urbaines et environnementales.
6. Calculer la surface d’espaces verts par habitant
L’indicateur de surface d’espaces verts par habitant est largement utilisé pour évaluer la qualité de vie urbaine. L’Organisation Mondiale de la Santé recommande un minimum de
9 m² par habitant.
6.1 Cas simple : population totale de la ville
Si vous disposez uniquement de la population totale :
- surface totale des espaces verts / population totale
Le résultat donne une valeur moyenne pour l’ensemble de la ville.
6.2 Cas avancé : population par arrondissement (cas de la ville Tanger)
Pour une analyse plus fine, il est préférable de travailler à l’échelle des arrondissements.
Étape 1 : associer la population aux arrondissements
- importer la table de population ;
- réaliser une jointure avec la couche des arrondissements.
Étape 2 : intersecter espaces verts et arrondissements
- utiliser l’outil Intersection ;
- obtenir une nouvelle couche contenant les espaces verts découpés par arrondissement.
Étape 3 : calculer la surface par arrondissement
- ajouter un champ de surface ($area) ;
- agréger les surfaces par quartier.
Étape 4 : calculer la surface par habitant
Créer un nouveau champ :
surface_par_habitant = surface_quartier / population_quartier
7. Cartographier les résultats
– Carte de la distribution des espaces verts
Cette carte montre la localisation et la concentration des espaces verts dans la ville.
– Carte de la surface par habitant
- style gradué ;
- classes (faible, moyen, bon) ;
- légende claire facilitant l’interprétation.
Ces cartes permettent de visualiser rapidement les inégalités spatiales.
8. Mise en page et export de la carte finale
Création de la mise en page et ajout d’éléments cartographiques essentiels en suivant les étapes ci-dessous;
- Projet → Nouvelle mise en page ;
- Insérer la carte. ensuite ajouter les éléments: titre, légende, échelle graphique, flèche Nord, sources des données, auteur et année.
- Finalement l’export peut se faire en PNG ou PDF pour une utilisation professionnelle.
9. Analyse et interprétation
- L’analyse des résultats met en évidence de fortes disparités spatiales dans la répartition des espaces verts entre les arrondissements étudiés.
- Benimakada, malgré une population très élevée (567 465 habitants), présente une surface d’espaces verts par habitant extrêmement faible (0,31 m²/hab), ce qui traduit un déficit important en infrastructures vertes et une forte pression démographique.
- Les arrondissements de Charf-Mghogha (1,42 m²/hab) et Charf-Souani (1,67 m²/hab) montrent une situation légèrement meilleure, mais restent largement en dessous des recommandations internationales (9 m²/hab selon l’OMS).
- Tanger-Medina affiche une valeur intermédiaire plus favorable (6,03 m²/hab), se rapprochant du seuil recommandé, ce qui peut s’expliquer par la présence de grands parcs structurants.
En revanche, Gueznaia présente un niveau très élevé (25,73 m²/hab), largement supérieur aux autres arrondissements, probablement en raison d’une densité de population plus faible et de vastes superficies d’espaces verts.
Ces résultats révèlent un déséquilibre territorial marqué et soulignent la nécessité d’orienter les politiques d’aménagement vers les zones les plus déficitaires, notamment Benimakada, afin de garantir une meilleure équité environnementale et une amélioration de la qualité de vie urbaine.
- Cette analyse peut servir de base à des recommandations opérationnelles pour les décideurs publics.
Conclusion
À travers cet article, nous avons vu comment créer une carte avec QGIS en appliquant une méthodologie simple à l’analyse des espaces verts urbains. Ce type de projet montre que QGIS n’est pas seulement un outil technique, mais un véritable outil d’aide à la décision pour la planification urbaine et environnementale.
Ce cas pratique peut être facilement adapté à d’autres thématiques : équipements publics, accessibilité, mobilité ou risques urbains. Si vous souhaitez aller plus loin, vous pouvez approfondir ces méthodes à travers des formations et guides pratiques disponibles sur geossc.com.